Retour sur la circulaire wallonne 2024 relative aux permis d’urbanisme pour le photovoltaïque

Mise à jour de la circulaire de 2022

Le 14 mars 2024, le Ministre wallon de l’Aménagement du territoire a adopté une nouvelle circulaire relative aux permis d’urbanisme pour le photovoltaïque, entrée en vigueur le 16 avril 2024.

Cette circulaire met à jour la circulaire du 12 janvier 2022 notamment pour intégrer les modifications apportées au CoDT et confirmer l’engagement pris dans la Déclaration de Politique Régionale 2019-2024 de réduire l’artificialisation des terres agricoles par des usages concurrents à la fonction nourricière de la terre (tels qu’en l’espèce, les projets photovoltaïques).

Ces objectifs relatifs à la limitation de l’artificialisation des sols sont également matérialisés dans le nouveau Schéma du Développement Territorial (voir : Le SDT 2024 : le nouveau concept de centralité et l'impact sur les futurs projets — Arius).

Projets soumis à permis d’urbanisme et autorité compétente

Quels sont les projets photovoltaïques soumis à permis ?

En principe, le placement d’une installation fixe, telle que des panneaux photovoltaïques, est soumis à permis d’urbanisme (Article D.IV.4, alinéa 1er, 1°, du CoDT).

Toutefois, le CoDT prévoit des exonérations de permis d’urbanisme pour les énergies renouvelables dont fait partie l’énergie solaire.

En synthèse, notamment et sous réserve de certaines conditions particulières, le placement d’un ou plusieurs modules de production d’énergie renouvelable est exonéré de permis d’urbanisme :

  • s’ils alimentent directement toute construction située sur le même bien immobilier

  • pour autant qu’ils se situent sur une toiture à versant, plate ou sur une élévation, avec pour chacune des situations des conditions de placement

Les projets de photovoltaïque soumis à permis d’urbanisme concerneront donc principalement les grandes installations qui n’ont pas vocation à alimenter directement une seule habitation mais qui visent à produire de l’énergie pour plusieurs bâtiments.

La circulaire cible donc ces projets, soumis à permis d’urbanisme.

Quelle est l’autorité compétente ?

Le Fonctionnaire délégué -> pour la production d’énergie collective (article D.IV.22, alinéa 1er, 7°, k), du CoDT).

Le Collège communal -> pour la production, même partiellement, à usage personnel (sauf critère spécifique relevant du Fonctionnaire délégué).

Remarques importantes :

  • un permis unique est requis (permis d’environnement classe 2 + permis d’urbanisme) si un transformateur statique de puissance nominale ≥ 1.500 kVa est prévu ;

    La présence ou l’absence d’un tel transformateur doit être précisée dans la demande de permis d’urbanisme sans quoi elle devra être considérée comme incomplète.

  • une étude d’incidences n’est en principe pas requise pour un projet de champ photovoltaïque, sauf si l’autorité compétente l’impose, notamment en fonction de la sensibilité du site d’implantation ; une notice d’évaluation des incidences est par contre indispensable et doit inclure :

    • une analyse détaillée du paysage initial et des impacts visuels

    • des photomontages et simulations

    • une évaluation environnementale (biodiversité, sol, eaux)

  • les demandes ne sont en principe pas soumises à l’intervention obligatoire d’un architecte (article R.IV.1-2 du CoDT).

Projets à privilégier

Le développement du photovoltaïque est encouragé sur les surfaces déjà minéralisées telles que :

  • grands bâtiments (publics et privés)

  • les toitures et façades

  • voiries et parkings

  • espace de stockage

L’impact de tels projets est souvent considéré comme mineur de sorte qu’ils sont à privilégier.

Projets nécessitant une attention particulière

Pour les projets ayant un impact sur l’occupation des sols, l’autorité délivrante devra attirer l’attention de l’auteur du projet sur cinq enjeux et critères pour mener le projet à bien.

Enjeux et critères

1. Economiser l’espace, prohiber la concurrence d’usage des sols

Pour la zone agricole, la circulaire insiste sur l’objectif prioritaire de maintenir la vocation nourricière des terres agricoles.

Une nouveauté par rapport à la circulaire de 2022 est qu’elle encourage les expérimentations et les projets innovants pour autant qu’ils soient compatibles et aient pour objectif de démontrer la compatibilité avec la fonction agricole et sur le modèle agricole wallon tel que défini par l’article D.1er du Code wallon de l’agriculture.

Pour la zone d’activité économique, la  circulaire relève que le photovoltaïque est compatible pour autant qu’il ne compromette pas la destination première de la zone.

Cette ligne de conduite est également plus souple que celle de la circulaire de 2022 qui invitait à ne pas « galvauder » ces zones.

Désormais, les friches industrielles peuvent, en attendant leur réhabilitation qui doit être prioritaire, accueillir un projet photovoltaïque temporaire.

L’auteur de projet devra donc rechercher en priorité :

  • les sites dégradés et/ou non-utilisés

  • à titre temporaire, les friches industrielles

  • les sites où la qualité agronomique des sols est médiocre

  • les sites où se développent déjà d’autres énergies renouvelables (éolien) ou des infrastructures existantes

  • sauf pour l’expérimentation inoffensive pour la fonction agricole, pas une parcelle agricole exploitée

Point d’attention : la zone au plan de secteur dans laquelle s’implante le projet détermine les contraintes urbanistiques qui s’appliqueront. A titre d’exemple, un projet qui s’implante en zone agricole au plan de secteur devra solliciter une dérogation au plan de secteur.

Le cas échéant, une dérogation au plan de secteur et/ou un écart aux outils planologiques indicatifs peuvent être sollicités

2. Être faisable et rentable

Il revient au promoteur d’évaluer la faisabilité du projet et de vérifier s’il n’existe pas de risques naturels. L’emplacement, l’orientation et l’inclinaison des panneaux impactent la production d’énergie.

L’auteur de projet devra donc :

  • choisir un terrain bien ensoleillé, sans relief accidenté et accessible par une voie d’accès existante

  • éviter les zones soumises à un risque naturel ou une contrainte géotechnique

Pour aider les auteurs de projet, le SPW Energie a nouvellement mis en place une carte dynamique qui fournit en temps réel des informations sur la production d’énergie.

L’autorité délivrante devra solliciter l’avis du SPW-TLPE pour qu’il se prononce sur la question de la rentabilité et des paramètres énergétiques.

3. Minimiser l’impact sur la faune et la flore

Un projet de champ photovoltaïque peut engendrer une série d’impacts négatifs tels que  :

  • modifier le biotope ;

  • rompre la continuité écologique (en particulier les installations clôturées) ;

  • destruction d’habitat présent sur la parcelle ;

  • risque d’écoulement des eaux et concentration de l’eau sur un point bas des modules avec pour conséquence l’érosion des sols ;

  • utilisation de produits phytosanitaires pour l’entretien du terrain ;

  • porter ombrage par les panneaux…

Au vu de ces impacts potentiels, l’autorité délivrante est invitée à refuser les projets situés dans un site protégé.

Les zones à éviter sont donc :

  • les sites de grand intérêt biologique

  • les plans d’eau

  • les périmètres de liaison écologique

4. Minimiser l’impact sur le paysage

L’impact paysager est présenté comme un enjeu prioritaire. Il s’agit donc : 

  • d’éviter l’éparpillement : regrouper les installations pour éviter d’engendrer un mitage le territoire avec des petites unités disséminées

  • de limiter les cabines techniques : réduire leur nombre et les intégrer harmonieusement au site

  • de justifier l’impact visuel : le projet doit démontrer qu’il respecte la qualité esthétique et architecturale du site en prenant en compte les critères suivants :

    • géométrie, taille et densité de l’installation

    • couleurs et matériaux choisis

    • orientation et inclinaison des panneaux

    • angles de vue et visibilité depuis les abords proches et lointains

    • qualité de l’intégration des dépendances liées à l’installation (cabines, chemins d’accès, etc.)

Faire apparaître dans la notice d’évaluation des incidences :

  • l’analyse de l’état initial : décrire les caractéristiques actuelles du paysage

  • une justification de l’intégration paysagère : montrer comment le projet respecte et valorise le paysage existant

  • l’évaluation des effets visuels :

    • identifier les points de vue proches et éloignés

    • inclure des simulations 3D pour une visualisation réaliste de l’impact

L’organisation d’une réunion d’information préalable (RIP) par l’auteur du projet, avant l’introduction de la demande, est recommandée. L’accent est mis sur la participation des riverains et des représentants locaux le plus rapidement possible.

Une fois le projet réalisé, il est conseillé de réaliser des visites des lieux pour sensibiliser la population aux enjeux énergétiques.

Conseils pratiques

  • Avant de déposer votre demande de permis, vérifier si le projet n’est pas exempté de permis.

  • Si un permis est nécessaire, identifier la zone au niveau de laquelle le projet est envisagé afin de repérer les contraintes urbanistiques et environnementales potentielles et de déterminer si une dérogation ou un écart doit être sollicité.

  • Il est important de s’assurer d’avoir un dossier complet.

  • Dans le cadre du dossier de demande de permis d’urbanisme, ne pas oublier de mettre en avant le respect de la circulaire et faire attention aux éléments suivants :

    • Choix du terrain : en priorité, les surfaces minéralisées

    • Éviter l’éparpillement : regrouper les installations pour limiter le mitage du territoire

    • Impact paysager : justifier l’impact visuel (dimensions, orientation, inclinaison) et réaliser des simulations 3D

    • Impact sur la biodiversité : évaluer les effets sur la faune, la flore et les écosystèmes, et éviter les sites protégés

    • Acceptation locale : associer les riverains et les autorités locales dès la phase de conception.

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